Parents recherchés pour petits oiseaux blessés

Recherchées : personnes géné­reuses, prêtes à s'engager 24 heu­res par jour contre rétribution quasi symbolique. Capacité d'ada­p­tation et souplesse acrobatique requises.


Disons-le franchement, ça ne se bouscule pas au portillon pour être famille d'accueil. C'est pourquoi les centres jeunesse du Québec ont initié cet automne une campagne commune de recrutement, dans l'espoir que leur voix soit davantage entendue de ceux et celles qui seraient prêts à s'engager auprès d'un enfant meurtri.

Le problème n'est pas de trouver un lieu pour chaque enfant devant être retiré temporairement ou définitivement de sa famille, mais d'avoir un choix assez large pour offrir à chacun LA meilleure famille, explique Diane Guérard, directrice de l'hébergement dans la communauté au Centre jeunesse de Québec.



Cette meilleure famille se définit de diverses façons. C'est d'abord celle qui se sent à l'aise avec l'enfant à placer : une fille ou un garçon, un bébé ou un ado. C'est aussi celle qui habite au bon endroit : près de son école ou de sa famille biologique par exemple. Et celle qui a une maison correspondant  à ses besoins : handi­cap, âge... Il peut être impératif que l'enfant soit seul avec ses parents d'accueil, ou au contraire qu'il bénéficie de la présence d'autres jeunes.

Ces conditions contribuent à ce que les centres jeunesse nomment le «pairage», c'est-à-dire le bon enfant dans la bonne famille. Et c'est ce qu'ils ne sont pas toujours capables d'accomplir, en raison de l'insuffisance de choix, explique Mme Guérard.

«Si j'ai 630 enfants à placer et que j'ai 630 familles, j'ai un problème. Mais il faut faire attention. Il n'y a pas un jeune qui est laissé chez lui alors qu'il devrait être en famille d'accueil. Mais il n'est pas toujours dans l'endroit idéal pour lui.» D'où le besoin d'en recruter constamment, sans compter que d'autres mettent fin à leur «carrière» et qu'il faut les remplacer.

Point tournant



Selon Huguette Blais, pdg de la Fédération des familles d'accueil, le Québec arrive à un point tournant dans le recrutement de nouvelles familles.

Celles qui sont plus âgées et qui prennent maintenant leur retraite ont souvent agi dans un esprit de «missionnariat» ayant de moins en moins cours. Les nouvelles familles, plus jeunes, «ne feront jamais les mêmes sacrifices», croit-elle.

Ces sacrifices, ils auront été principalement de deux ordres. D'abord financiers, puisque jusqu'à tout récemment, la rétribution qui leur était versée ne couvrait même pas les coûts réels (voir autre texte). Ensuite, dans le peu de considération qu'elles ont reçue de la part des centres jeunesse, dit-elle.

Trop longtemps, et c'est parfois encore le cas, dit-elle, les parents d'accueil ont été traités comme des acteurs de seconde zone. Il aura fallu le dépôt du rapport Cloutier, en 2000, pour faire bouger les choses.

Une fois n'est pas coutume pour un rapport, celui du psychologue Richard Cloutier, aura permis d'amorcer de réels changements. «Je pense que je le connais par coeur», dit d'ailleurs Diane Guérard à son propos, en admettant qu'«on a trop longtemps né­gligé ce secteur».

«Ça a entraîné une belle amélioration», constate pour sa part Mme Blais, selon qui les familles d'accueil sont de plus en plus vues comme de véritables «partenaires». Elle déplore toutefois que certains intervenants sur le terrain tardent à prendre le nouveau pas. Il leur faudra absolument «prendre le virage» pour que ce réseau continue d'exister, dit-elle.